Thomas d’Ansembourg et David Van Reybrouck, La paix ça s’apprend !, Paris, Actes Sud, 2016, p. 64

Texte
« La notion d’intériorité est une notion peu familière aujourd’hui. Nous pouvons la décrire comme la capacité propre à l’humain de développer en soi un espace de ressourcement, de discernement et d’inspiration, qui permet aux différentes intelligences humaines de se conjuguer, en dépassant les clivages classiques. Cet état de centrage et de cohérence intérieure ouvre une vision inspirée qui encourage au geste juste. Très peu de nos contemporains réalisent que c’est cette intériorité qui non seulement facilite mais féconde notre participation active, créative et responsable à la vie commune.

Nous voyons au minimum trois raisons à cette méconnaissance. D’abord, on a tendance à associer strictement intériorité et religion. (…) Enfin, beaucoup associent cette notion d’intériorité à la posture du moine en prière dans sa cellule ou du yogi en méditation devant sa grotte, et cela paraît un peu solitaire et passif. Or, l’expérience quotidienne et l’Histoire prouvent le contraire : la vie intérieure se révèle le ferment d’une puissante capacité d’action commune et de transformation collective. »