Farid-ud-Din ‘Attâr, La conférence des oiseaux, Paris, Seuil, 2002

Présentation
Farid-ud-Din ‘Attâr était un poète mystique persan né à Nishapour dans le Khorassan vers 1142 et mort entre 1190 et 1229.

Texte
« Un nouvel oiseau s’avança. Rougissant , il dit à la huppe : l’amour m’a pris dans ses filets…

« Ô beauté du visage aimé ! Je le vois, le monde s’efface, la moisson brûle et les chemins se dispersent dans les buissons. Un jour sans lui, je perds le nord. Mon seul désir est de rester l’heureux captif de mon idole. Oui, je sais, je blasphème. Hélas ! Voyez mon cœur incendié… Loin de ses yeux, de ses sourcils, de ses joues tendres, de ses lèvres, ma vie bientôt s’étiolerait ! Est-il un remède à ce mal qui me tourmente, qui me tue !… l’amour m’a jeté hors de moi. Que puis-je faire ? Dis-le moi ».

La huppe répondit :

« Amant au cœur captif d’un corps aux belles courbes, aveugle impénitent aux mains inassouvies, sache que ta passion t’éloigne de l’Unique. Elle ne saurait conduire à la félicité. Qu’est-il donc, cet amour qui fait trembler ta gorge ? Enfantillage obscur. Frottements s’animaux. Toute beauté se fane et toute chair pourrit. Ton stupide désir les suit. Veux-tu que ton soleil ne se couche jamais ? Alors offre ta vie à l’amour impalpable, celui que rien ne peut flétrir. Qu’est-elle donc, l’aimée au front lisse, au long cou, aux lèvres de corail ? Un sac de sang, d’humeurs, d’organes palpitants. On sait dans quel état ces roses-là finissent. Ami, combien de temps vas-tu perdre ta vie à chérir des mirages ? Laisse donc ce qui passe aux amoureux distraits. La beauté, la vraie, est cachée. Cherche-là donc dans l’invisible… Celui que nul ne voit, donne-Lui ta vie et tes rêves… »