Sri Aurobindo (com.), Bhagavad Gita, trad. Anne-Marie Esnoul et Olivier Lacombe, Paris, Éditions du Seuil, 1997

Présentation
Sri Aurobindo, maître hindou né à Calcutta en 1872, a commenté la Bhagavad Gita, l’un des textes fondamentaux de l’hindouisme. Dans ce poème épique, le héros Arjuna est mis en scène dans un moment crucial de son existence : juché sur son char de combat, il comme hésite à s’engager dans une guerre fratricide entre princes du même sang. Installé derrière lui, le dieu Krishna le conseille et l’aide à discerner ce qu’il doit faire. Krishna symbolise le maître intérieur – la voix de la conscience la plus profonde.

Le char symbolise les puissances de l’âme prêtes à être engagées dans l’action. Arjuna est l’archétype (le type même) de l’être humain qui hésite entre deux options qu’il envisage comme contradictoires : s’engager dans « la vie de ce monde » ou bien « se retirer du monde » pour mener une existence spirituelle en retrait de l’agitation de la société des hommes. Peu à peu, Krishna va amener Arjuna à comprendre que les deux ne sont pas incompatibles – à condition de « bien engager » son action, c’est-à-dire d’orienter sa vie selon un axe spirituel parti du fond de l’intériorité.

Texte
« Bien qu’Arjuna ne soit préoccupé que de sa propre situation, de sa lutte intérieure et de la loi d’action qu’il doit suivre, la question particulière qu’il pose – comme il la pose – soulève en réalité tout le problème de la vie et de l’action humaines : ce qu’est le monde, pourquoi il est, et comment, le monde étant ce qu’il est, on peut réussir à concilier la vie dans ce monde avec la vie dans l’esprit (…) Qu’est-ce donc qui constitue la difficulté pour l’homme qui doit prendre le monde comme il est et y agir, et qui pourtant voudrait vivre, au-dedans de soi, la vie spirituelle ? »