Martin Buber (1878-1965), Le chemin de l’homme (Der Weg des Menschen : nach der chassidischen Lehre), Paris, Les Belles Lettres, 2015

Présentation
Dans Le chemin de l’homme, Martin Buber nous a raconté l’histoire d’Eisik de Cracovie. A la suite d’un rêve, celui-ci va chercher jusqu’à la lointaine ville de Prague un trésor enfoui en réalité dans le foyer de sa propre maison. Le foyer symbolise notre propre centre spirituel. C’est notre conscience la plus profonde qui est « foyer », c’est-à-dire ce lieu intérieur d’où émanent chaleur et lumière – force et intelligence, puissance vitale et direction spirituelle. A la suite du conte, Martin Buber propose l’interprétation suivante.

Texte
« La plupart d’entre nous ne parviennent qu’en de rares instants à la pleine conscience du fait que nous n’avons pas goûté à l’accomplissement de l’existence, que notre vie n’a point de part à l’existence authentique. Pourtant, nous ne cessons jamais de ressentir le manque, toujours nous nous efforçons, d’une manière ou d’une autre, de trouver quelque part ce qui nous fait défaut. Quelque part, dans un domaine quelconque du monde ou de l’esprit, sauf là où nous nous trouvons, là où nous avons été placés – mais c’est justement là, et nulle part ailleurs, que se trouve le trésor. C’est dans le milieu que je ressens comme mon milieu naturel, dans la situation qui m’est échue en partage, dans ce qui jour après jour m’arrive, dans ce qui jour après jour me réclame, c’est là que réside ma tâche essentielle, là est l’accomplissement de l’existence qui s’offre à ma portée. »