‘Abd el-Kader, Écrits spirituels, trad. Michel Chodkiewiecz, Paris, Éditions du Seuil, 1982

Présentation
Michel Chodkiewiecz, spécialiste français du soufisme (l’école initiatique et mystique de l’islam), écrit le texte qui suit en introduction à sa traduction des Écrits spirituels de l’émir Abd el-Kader.

Texte
« Comme il n’est pas de lieu où Dieu ne soit, il n’est pas d’état où la sainteté n’ait sa place. Anachorètes ou gyrovagues [ermites ou moines errants], princes qui se retirent au désert, marchands qui, leur boutique abandonnée, s’en vont mendier le long des routes, les vocations ne manquent pas, en Islam, qui prennent leur élan dans le refus et s’accomplissent dans l’exil. Mais la perfection n’est pas dans ces ruptures. Les meilleurs restent là où ils sont car « Il est avec vous où que vous soyez » (Coran, 57:4).

Califes ou porteurs d’eau, ils ne fuient pas leur condition ; c’est elle qui parfois les quitte. Leur retraite est la foule, leur désert la place publique ; la conformité est leur ascèse, l’ordinaire leur miracle (…) Leur vie conjugue, sans regret sinon sans effort, les affaires du siècle et celles de l’éternité. Ils sont pareils à cet arbre excellent que mentionne le Coran (14:24) « dont la racine est ferme, et la ramure dans le ciel » : symbole de l’axis mundi, c’est-à-dire de « l’homme parfait » (al-insân al-kâmil) qui, en vertu du mandat divin (khilâfa), conjoint en sa personne les réalités supérieures et les réalités inférieures (al-haqâ’iq al-haqqiyya wa l-khalqiyya). »