Lanza del Vasto, Approches de la vie intérieure

Texte
« La nuit tombait. La route s’enfonça dans la forêt plus noire que la nuit.
J’étais seul, désarmé. J’avais peur d’avancer, peur de reculer, peur du bruit de mes pas, peur de m’endormir dans la nuit redoublée.
J’entendis des craquements sous bois et j’eus peur. Je vis luire entre les troncs des yeux de bête et j’eus peur. Puis je ne vis plus rien, et j’eus peur, plus que jamais.
Enfin, de l’ombre, une ombre sortit qui me barra la route :
« Allons ! Fais vite : c’est la bourse ou la vie ! »

Et je fus presque soulagé par sa voix d’homme car j’avais d’abord cru rencontrer un fantôme ou un démon.
Il dit : « Si tu te défends pour sauver ta vie, je prendrai d’abord ta vie et ta bourse ensuite. Mais si tu me donnes ta bourse seulement pour sauver ta vie, je prendrai d’abord ta bourse, et ensuite ta vie. »
Mon cœur s’affolait, mon cœur se révoltait.
Perdu pour perdu, mon cœur se retourna.
Je tombai à genoux, je criai : « Tout ce que j’ai, prends-le, Seigneur, et tout ce que je suis. »
Aussitôt la peur me quitta et je levai les yeux.
Il n’y avait devant moi que lumière. La forêt en était toute verte. »