Lanza del Vasto, Principes et préceptes du retour à l’évidence

Texte
« L’amour, l’amour, hérisse-toi contre l’indécence de ce mot.
Ne parle pas d’amour à tout propos, n’en discute pas d’un ton de compétence, garde-toi des sublimes abandons poétiques au sujet de l’amour, de peur d’entrer de plain-pied dans l’obscène. Sache que tu ne sais pas aimer et reste au moins pudique. Comment aimerais-tu quelque autre si tu ne sais t’aimer toi-même ? Comment t’aimerais-tu toi-même, qui ne t’es jamais rencontré, ni vu, qui ne sais attacher ton regard sur toi et sur la nudité de ton essence pendant cinq minutes seulement ?

Tu ne sais pas aimer car pour donner il faut avoir. Qu’as-tu donc à donner, sinon ton désordre et ton néant ?
Tu ne sais pas aimer, tu ne sais que fuir par le biais d’autrui.
Tu ne sais que couler selon ton penchant, glissé dans ton plaisir, dérouler la chaîne des gestes mécaniques et connus.
Laisse-là ces fadaises et ces baisers baveux.
Apprends l’amour qui possède des paroles sévères pour ceux qui t’aiment, sereines pour ceux qui te combattent, chaudes pour ceux qui faiblissent, fortes pour ceux qui souffrent, claires pour les aveugles, écrasantes pour les orgueilleux, un seau d’eau et un bâton pour ceux qui dorment.
L’amour qui demande et qui pleure, tue-le ; l’amour qui étreint et qui force, tue-le. Apprends l’amour qui n’attend rien du monde mais rayonne de par sa vertu propre, l’amour qui insuffle force à la personne aimée et l’amène à la délivrance. »