Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988), Dialogue sur le chemin initiatique, Entretiens avec Alphonse Goettmann, Paris, Albin Michel, 1999, p. 143-144

Texte
« Parmi les grands Maîtres que nous pouvons rencontrer sur le Chemin de notre existence, il y a l’Amour. Il est le premier adversaire de notre moi orgueilleux et mondain, le mouvement par excellence du lâcher-prise et du don de soi, le champ le plus fécond de l’expérience de l’Etre. Dans l’Amour, le numineux est éprouvé à une profondeur qui touche la totalité de la personne.

Aimer, c’est avant tout ressentir l’unité. La vie est remplie de moments passagers où nous devenons « un » avec un objet, un animal, un homme ou Dieu, et qui sont autant d’occasions de prendre conscience d’un contact avec l’Etre. C’est également le cas dans l’absence et la séparation de quelque chose ou de quelqu’un qui nous est cher, ou bien dans le cas d’un désir inassouvi d’aimer ou d’être aimé, ou encore dans la solitude, chaque fois en somme qu’une profonde nostalgie/mélancolie nous brise en empêche notre amour de s’épanouir, nous souffrons d’un mal ontologique [relatif à notre être même] (…) L’Amour ne se réduit en aucune manière à un sentiment ou à un processus psychologique ; ce serait rester en surface. Celui qui est aimanté par la profondeur et attentif à sa manifestation à travers le côté visible des choses voit ainsi sa nostalgie/mélancolie de l’Etre [le mal d’amour] grandir sans cesse et la possibilité de s’unir à Lui à travers tout. »