Abraham Maslow, Être humain, Paris, Eyrolles, 1971 (1e édition), 2013 (2e édition)

Texte
« Il m’a semblé pertinent de distinguer deux types (ou mieux encore, deux niveaux) d’individus en cours d’accomplissement, ceux qui sont clairement sains mais qui n’ont pas, ou rarement, fait l’expérience de la transcendance, et ceux pour lesquels elle représente au contraire un vécu important voire capital. » (p. 309)

« Peut-être pourrions-nous dresser le portrait exhaustif des êtres sains en les décrivant principalement comme des personnalités affirmées, des gens qui savent qui ils sont, où ils vont, ce qu’ils veulent, ce qu’ils valent, en un mot, comme des Moi forts, qui exploitent bien qui ils sont, authentiquement et en accord avec leur véritable nature. Ce qui ne suffit pas pour décrire les sujets transcendants. Car ils sont certainement tout cela ; mais bien davantage. » (p. 324)

« De l’autre type (les transcendants ?), on pourrait dire qu’ils ont plus souvent conscience du domaine ontique (domaine ontique et connaissance ontique), qu’ils vivent au niveau de l’Etre ; c’est-à-dire celui des finalités, des valeurs intrinsèques ; qu’ils sont plus clairement métamotivés : qu’ils possèdent une conscience unifiée et connaissent plus ou moins souvent des « expériences de plénitude » (Asrani) ; qu’ils vivent ou ont vécu des expériences paroxystiques (mystiques, sacrées, extatiques) accompagnées d’illuminations ou d’intuitions fulgurantes ou de connaissances ayant modifié leur vision du monde et d’eux-mêmes, peut-être occasionnellement, peut-être de manière courante. » (p. 311)

« J’ai la vague impression que les sujets transcendants sont moins « heureux » que les individus sains. Ils peuvent se révéler plus prompts à l’extase, plus enthousiastes et faire l’expérience de moments de « bonheur » (un mot trop faible) plus intense, que leurs congénères sains et simplement heureux. Mais j’ai parfois l’impression qu’ils sont tout aussi, peut-être même davantage, enclins à une sorte de tristesse cosmique ou de tristesse ontique à propos de la stupidité des gens, de leurs actes contreproductifs, de leur aveuglement, de leur cruauté les uns envers les autres, de leur incapacité à voir loin. Ceci provient peut-être du contraste entre la réalité et le monde idéal que les sujets transcendants ont la faculté de voir si facilement et si clairement (…) » (p. 320)