Matgioi (Georges-Albert Puyou de Pouvourville), La voie rationnelle, Paris, Les Éditions traditionnelles, 1941 (19071), p. 20, 28-29

Présentation
La notion chinoise de « Tao » (Principe/Voie) est centrale dans le taoïsme, qui fut fondé par Lao-Tseu aux VIe-Ve siècles av. J.-C.

Texte
« I. – La voie, qui est une voie, n’est pas la Voie. Le nom, qui a un nom, n’est pas un Nom. Sans nom, c’est l’origine du ciel et de la terre ; avec un nom, c’est la mère des Dix mille êtres. Avec la faculté de non-sentir, on est proche de l’atteindre; avec la faculté de sentir, on atteint seulement sa forme. Cela constitue vraiment deux choses. Apparaissant ensemble, leur nom est facile ; à les expliquer ensemble, leur origine est obscure ; obscure, cette origine continuellement s’obscurcit. C’est la Porte par où passe le nombre infini des êtres créés ».

XIV. – On regarde, on ne voit pas la Voie ; son nom se prononce le Manque. On écoute, on n’entend pas la Voie ; son nom se prononce le Subtil. On cherche, on ne touche pas la Voie ; son nom se prononce le Vide. Ces trois choses, il ne se peut pas qu’elles deviennent claires ; c’est pourquoi, quoique plusieurs, elles sont cependant une seule chose. Sa partie supérieure n’est pas évidente ; sa partie inférieure n’est pas cachée. La Voie Éternelle n’a pas de nom qui lui convienne. Elle réintègre les êtres dans le Non-être [qui n’est pas le néant, mais le Sur Etre]. Ainsi donc, n’avoir pas de forme est sa forme ; n’avoir pas de dehors est son dehors : ainsi, les hommes souffrent continuellement en la cherchant. En avant de la Voie, on ne voit pas sa tête ; en arrière, on ne voit pas son dos. En apprenant très longtemps la Voie, il peut exister des Sages (…)

XV. – Auparavant, les Sages s’occupaient à enseigner ; ils étaient peu nombreux, profonds, mystérieux et pénétrants. Renfermés, on ne pouvait les comprendre ; quoique nous ne puissions les comprendre, travaillons à déterminer leur apparence. Ils étaient circonspects, comme qui traverse un fleuve glacé ; prudents, comme qui a peur des quatre côtés ; indifférents, comme l’étranger. Nous, nous sommes comme des choses qui se noient et disparaissent, grossiers comme des choses dures, vides comme des trous. Entre nous et les Sages, il y a comme de l’eau troublée. Le Sage, qui se souvient, arrête le mouvement de l’eau trouble, et la rend très claire ; le Sage, qui se souvient, et qui a gagné la paix, obtient une vie très longue. C’est ainsi qu’il observe la Voie ; il ne se répand pas, et continue à ne pas vouloir se répandre ; aussi le Sage se préserve, et n’a pas besoin de se renouveler. »