« L’Hymne à Purusha (Purusha Suktam) » dans Rig Véda, X-90 (1ère partie : Purva Narayana), 1 à 18, trad. M. Buttex sur ce lien

Présentation
« L’exemple classique est la Création par le sacrifice du Purusha (littéralement, l’« Homme »), présenté dans le célèbre hymne X, 90 du Rig Veda. Ce sont les dieux qui ont accompli ce sacrifice, en démembrant le géant primordial. Sa tête devint le Soleil, ses pieds donnèrent naissance à la Terre, son oreille devint les orients, de sa conscience naquit la Lune, et de son souffle le vent. C’est également de son corps que proviennent les quatre castes : le brahmane de sa bouche, le guerrier de ses bras, l’artisan de ses cuisses et le serviteur (çûdra) de ses pieds. En outre, le sacrifice du Purusha produisit les strophes, les mélodies et les mètres, et également les victimes et les substances sacrificielles. Dans la mythologie scandinave, les dieux Ases sacrifient et dépècent le géant Ymir.

De son crâne ils font la voûte céleste, de sa chair la terre, de sa sueur la mer, de ses os les montagnes, de ses cheveux les arbres. Quant au mythe chinois de P’an-ku, il est attesté seulement dans des textes tardifs ; on ignore si, dans sa forme originelle, il comportait ou non un sacrifice. Selon les versions qui nous ont été transmises, le corps du géant, à sa mort, se métamorphosa en Cosmos : sa tête devint un pic sacré, ses yeux devinrent le Soleil et la Lune, sa graisse les fleuves et les mers, ses cheveux et ses poils les arbres et autres végétaux. On retrouve le même motif en Iran, mais radicalement réinterprété et intégré dans la théologie mazdéenne. D’après le Grand Bundahishn, l’Univers prit naissance dans le corps d’Ormuzd : ayant au début la forme d’une goutte de sperme, il se développa comme un embryon pendant 3 000 ans et fut finalement accouché par le dieu. Selon la Rivâyat pehlevie du Dâtastân î dênîk, l’Univers fut engendré dans le corps d’Ormuzd, et s’identifiait en quelque sorte avec lui, puisque le texte précise que le dieu créa le Ciel à partir de sa tête, l’eau de ses larmes, les plantes etc. » (Source : Encyclopedia Universalis)

Texte
« 1. L’Homme cosmique [PURUSHA] doté de mille têtes, De mille yeux et de mille pieds, A recouvert la terre, de tous côtés et partout, Il la déborde de dix doigts, planant au-dessus.

2. L’Homme cosmique est unique, il est le monde entier, Il est ce qui fut et ce qui demeurera dans le futur. Il est le Seigneur de l’immortalité, Il est tout ce qui survit grâce à la nourriture.

3. Si grande est Sa majesté Qu’elle plane haut au-dessus du monde manifesté. L’ensemble des créatures ne représente qu’un quart de sa personne, Les trois autres quarts continuant à planer dans l’immortalité.

4. Oui, les trois quarts de sa personne s’élancèrent haut dans le ciel, Et un quart se développa en ce monde, ici-bas, Et proliféra, se répandant en toutes les formes existantes, En ce qui survit grâce à la nourriture, et ce qui survit sans.

5. C’est Lui, l’Homme cosmique, qui engendra Viraj, la Totalité, Et de Viraj, l’Adi Purusha (Brahma, le Créateur) prit naissance; Une fois né, il se répandit partout et créa la terre, Allant de l’avant, en arrière et de tous côtés.

6. Lorsque les dieux accomplirent un sacrifice Avec l’Homme cosmique en tant qu’oblation, Le printemps devint le beurre clarifié, L’été fut le combustible, et l’automne fut l’offrande.

7. Sept pieux leur servirent à faire l’enclos de l’aire sacrificielle, Trois fois sept pieux leur servirent de bois pour le feu, Lorsque les dieux, préparant le grand sacrifice, Ligotèrent l’Homme cosmique pour en faire la victime sacrificielle.

8. L’Homme cosmique, qui était apparu au commencement de tout, Fut consacré sur l’herbe comme bête sacrificielle, Oui, ce fut l’Homme cosmique qu’offrirent les dieux en sacrifice, Autour desquels s’étaient rassemblés les êtres réalisés et les voyants.

9. Victime sacrificielle du feu, l’Homme cosmique se métamorphosa en totalité, Tandis que sa partie onctueuse, mêlée au beurre, s’élevait dans l’air, Engendrant toutes les bêtes qui volent dans les airs, Ainsi que celles qui vivent dans les forêts et auprès des humains.

10. Victime sacrificielle du feu, l’Homme cosmique se métamorphosa en totalité, Tandis que prenaient naissance les hymnes et les psaumes, Ainsi que les incantations solennelles, Et le corps entier des formules sacrificielles.

11. C’est de l’Homme cosmique que naquirent le cheval Et toutes les bêtes qui ont des incisives de chaque côté; C’est de l’Homme cosmique que naquirent toutes les espèces de bœufs, Mais aussi toutes variétés de chèvres et de moutons.

12. En combien de parties séparées se transforma-t-il, Lorsque les dieux coupèrent l’Homme cosmique en menus morceaux ? En quoi se métamorphosa sa bouche ? Et ses bras ? Et ses cuisses ? Et ses pieds ?

13. Sa bouche devint la caste des Brahmanes, Les hommes de gouvernement furent faits de ses bras, Les commerçants et propriétaires de ses cuisses, Les serviteurs et agriculteurs de ses pieds.

14. Du mental de l’Homme cosmique la lune prit naissance, Son œil prit l’apparence du soleil. Les dieux Indra et Agni naquirent de sa bouche, Vayu fut le vent qu’exhala son souffle.

15. Son nombril est à l’origine de l’espace atmosphérique, L’espace céleste fut créé avec sa tête, la terre de ses pieds, De ses oreilles sortirent les directions et l’univers. Ainsi les dieux conçurent-ils les mondes.

16. Je connais bien cet Homme cosmique : immense, Tel le soleil, il resplendit au-delà des ténèbres. Il est le Sage qui a matérialisé toutes les formes Et énoncé leurs noms, et les maintient en existence.

17. Le Créateur le vit et le révéla comme étant l’Être suprême, Indra le vit omniprésent dans toutes les directions. Quiconque le connaît ainsi conquiert l’immortalité en cette vie. Vers la libération, il n’est aucune autre voie.

18. Les dieux, en sacrifiant, posèrent les principes du culte sacrificiel : En cela consista le tout premier des actes sacrificiels. De leur victime puissante, ils exprimèrent l’essence, Qui monta au ciel, où demeurent les ancêtres défunts et les dieux ».