Shankara, Commentaire sur la Mundaka Upanisad, trad. Paul-Martin Bost, Michel Allard, Paris, Éditions Orientales, 1978, p. 65-67

Texte
« Deux oiseaux associés l’un à l’autre, avec des noms semblables, sont perchés sur le même arbre. Des deux l’un mange les fruits savoureux, l’autre sans manger, regarde »

Au VIIIe siècle, Adi Shankara commente ainsi le symbole :

« De ces deux êtres qui sont perchés sur l’arbre, l’un, l’âme individuelle … mange à cause de son absence de discrimination le fruit constitué des joies et des peines … telle une calebasse plongée dans l’eau de l’océan, c’est-à-dire en état d’identification complète avec le corps ; cet être là est tourmenté par des idées telles que « Je suis le fils et le petit-fils de tel et tel ; je suis maigre, je suis robuste ; je possède des qualités, je suis dépourvu de qualités ; je suis heureux, je suis malheureux » … [Mais] au moment où, engagée dans la méditation, elle voit l’Unique… le Seigneur qui est au-delà des choses terrestres, de la faim, de la soif, de la peine, de l’illusion, de la vieillesse et de la mort, le Seigneur de l’univers entier ; quand l’âme voit qu’elle est le Soi de tous les êtres, et le même dans chaque être, qu’elle n’est pas l’autre soi d’illusion enfermé dans les conditions créées par l’ignorance ; quand elle voit la splendeur qu’est l’univers, ce Seigneur suprême qui est elle-même, alors elle devient libérée de tout chagrin, sauvée de l’océan des peines, c’est-à-dire qu’elle atteint son but ».